La Tonnara Florio
de Favignana
Histoire, mattanza et musée : le cœur culturel de l'île la plus fascinante des Égades. Plus qu'un musée : un voyage dans le temps.
L'Île · L'Histoire
Il y a à Favignana un bâtiment qui, plus que n'importe quelle plage ou panorama, raconte l'âme profonde de l'île.
L'ancien Établissement Florio des Tonnare de Favignana et Formica est bien plus qu'un musée : c'est l'endroit où convergent des siècles d'histoire, de travail, d'ingéniosité et d'identité. C'est une cathédrale laïque construite pour le thon et pour les hommes qui le pêchaient. Avec ses 32 000 mètres carrés de surface, ses arcs majestueux en tuf et ses plafonds très hauts évoquant les nefs d'une église, l'établissement est un joyau d'archéologie industrielle unique en Méditerranée.
Entrer ici, c'est faire un voyage dans le temps : les barques de la mattanza sont encore à leur place, les filets, les ancres, les machines pour la transformation du thon — tout est resté comme si le temps s'était arrêté. Et l'histoire qu'il raconte est extraordinaire : celle d'une famille visionnaire, les Florio, qui transforma une île de pêcheurs en cœur battant de l'industrie du thon en Méditerranée.
La Famille
Les Florio : la famille qui
changea le destin d'une île
De la Calabre à la conquête de la Méditerranée : la saga d'une famille qui transforma la pêche au thon en empire industriel, et Favignana en capitale mondiale de la tonnara.
De la Calabre à la conquête de Palerme
La saga des Florio commence à la fin du XVIIIe siècle, quand Paolo Florio, originaire de Calabre, s'installe à Palerme et ouvre une épicerie en important café, cacao, cannelle et quinine du monde entier. À sa mort, en 1807, c'est son frère Ignazio qui prend les rênes de l'entreprise et la transforme en empire commercial.
En quelques décennies, les Florio deviennent la famille la plus riche et influente de Sicile : armateurs, banquiers, producteurs de vin (le Marsala), propriétaires terriens. Partout où ils regardaient, ils voyaient une opportunité.
L'arrivée à Favignana : le génie de Vincenzo
Vincenzo Florio, fils d'Ignazio, arrive à Favignana et prend en location les tonnare de l'île aux marquis Pallavicini. Vincenzo n'est pas un simple entrepreneur : c'est un innovateur. Il introduit la montaleva, un système révolutionnaire pour la capture progressive du thon, et expérimente de nouvelles méthodes de conservation à l'huile.
Son intuition transforme la pêche au thon d'une activité saisonnière en industrie moderne. Du thon, rien ne se jette : de la chair à la bottarga, du lattume aux arêtes. Une économie circulaire avant l'heure.
L'établissement et la gloire
Ignazio Florio, fils de Vincenzo, achète les îles Égades dans leur intégralité et fait appel à l'architecte Giuseppe Damiani Almeyda pour la restructuration de l'établissement. Naît ainsi le plus grand complexe de transformation du thon de Méditerranée. Ignazio introduit la méthode de conservation du thon bouilli et mis en conserve sous huile, révolutionnant l'industrie des conserves.
L'établissement devient le moteur économique de Favignana : aux périodes de pleine activité, il emploie jusqu'à 900 ouvriers, hommes et femmes. À l'Exposition universelle de 1891-92, Florio présente des boîtes de conserve innovantes à ouverture par clé, une idée avant-gardiste pour l'époque.
La fermeture et la renaissance en musée
Les premières décennies du XXe siècle apportent le déclin de la famille Florio, frappée par les deuils et les revers financiers. En 1937, la tonnara est vendue à la famille génoise des Parodi, qui continue l'activité pendant quelques décennies. Mais le monde a changé : la pêche industrielle et les tonnare volantes avec radar rendent le système traditionnel non plus compétitif.
Pendant plus de vingt ans, l'établissement reste à l'abandon. Puis la Région sicilienne l'acquiert : la restauration, qui a coûté plus de 14 millions d'euros, s'achève en 2009 avec l'inauguration du musée : près de 20 000 mètres carrés rendus à la communauté comme témoignage vivant d'une époque irrépétible.
Le Rite
La mattanza : le rite
le plus ancien de la Méditerranée
Le mot « mattanza » vient du latin mactare, tuer. Mais le réduire à cette signification serait comme dire qu'une messe n'est qu'une série de paroles. La mattanza était un rite collectif, sacré et profane, qui chaque année entre mai et juin transformait les eaux de Favignana en scène de labeur, de courage, de prière et de mort.
La tonnara
Un chef-d'œuvre d'ingénierie maritime
Un labyrinthe de filets était plongé en mer dès avril, positionné stratégiquement le long de la route migratoire des thons rouges. Les filets formaient une série de « chambres » reliées : les thons y entraient en suivant leur instinct migratoire et étaient guidés, chambre après chambre, jusqu'à la chambre de la mort. Les chiffres étaient impressionnants : 300 ancres, 3 500 flotteurs, 360 000 mètres carrés de filets.
Le Rais
Le chaman de la mer
Au cœur de tout se trouvait le Rais (de l'arabe « chef »), une figure à mi-chemin entre un chef de guerre, un prêtre et un chaman. Du regard, il scrutait la mer et lisait les mouvements des thons sous la surface. Il donnait des ordres par des gestes des bras, un sifflet, même du regard. Le succès de la pêche dépendait entièrement de son expérience et de sa capacité quasi divinatoire à comprendre la mer.
Les cialome
Les chants qui remuaient la mer
D'origine arabe, les cialome étaient les chants rituels des tonnaroti : des mélodies qui rythmaient les mouvements synchronisés des hommes et invoquaient la protection divine. Le plus connu est l'Aiamola, de l'arabe « ai ya mawla », Ô mon Seigneur. Un soliste guidait la partie narrative et le chœur répondait. Les prières à Saint Antoine, patron des tonnare, s'entremêlaient avec des invocations entre le sacré et le profane.
La chambre de la mort
Le moment culminant
Au signal du Rais, les tonnaroti commençaient à soulever le coppo par la seule force de leurs bras, forçant les thons à remonter à la surface. Les poissons, énormes et puissants, se débattaient violemment tandis qu'ils étaient harponnés et hissés à bord. La mer se teignait de rouge. C'était un spectacle semblable à une tragédie grecque : la lutte primordiale de l'homme avec la nature. La dernière mattanza à Favignana a eu lieu dans la première décennie des années 2000.
Dans la mattanza, il n'y avait pas de domination : il y avait la reconnaissance que ce thon était la vie même de l'île. Les hommes ne chassaient pas — ils participaient à un rite qui les liait à la mer, à leurs pères, et à quelque chose de bien plus ancien qu'eux.
D'après le témoignage d'un ancien tonnarotoDu thon, rien ne se jette. Une économie circulaire avant l'heure.
Ce Qu'il Faut Voir
Le musée aujourd'hui :
ce qu'il faut voir et ce qu'il faut attendre
Visiter l'ancien Établissement Florio est une expérience qui sollicite tous les sens. Ce n'est pas un musée statique avec vitrines et panneaux : c'est un voyage immersif dans un lieu qui transpire l'histoire de chaque pierre de tuf.
Les espaces
Bureaux, entrepôts, menuiserie, ateliers, vestiaires, la cale, la galerie des machines, la trizzana et le malfaraggio. Chaque espace raconte un morceau de la chaîne de production. Les arcs en tuf local donnent à l'ensemble une atmosphère majestueuse, presque sacrée.
Archéologie et vestiges
Amphores de diverses périodes historiques, une statue acéphale, la célèbre « fiasque du pèlerin » du XIVe siècle (avec le vin encore dedans), ainsi que les éperons en bronze et les casques de la Bataille des Égades de 241 av. J.-C., la bataille qui mit fin à la Première Guerre Punique.
Installations multimédias
Dans l'ancienne Stiva, une vidéo-installation recueille les témoignages de vieux ouvriers. Deux installations holographiques recréent la chambre de la mort et l'atmosphère de la mattanza avec beaucoup d'évocation.
La Casa dell'Olio
Où les boîtes de thon étaient remplies à la main avec de l'huile d'olive, elle abrite aujourd'hui une collection de boîtes de conserve d'époque de toutes formes et dimensions : une petite histoire du design industriel italien.
Les barques de la mattanza
Les grandes barques, les filets, les ancres, les 24 chaudrons pour la cuisson du thon et la Lancia di Donna Franca Florio, une embarcation en bois de 6 mètres de long construite par des charpentiers de marine anglais à la fin du XIXe siècle.
Centre de sauvetage des tortues
À l'intérieur du complexe a été aménagé un Centre de premiers secours pour les tortues marines Caretta caretta, géré en collaboration avec WWF Italie et Legambiente. Une raison de plus pour le visiter, surtout avec des enfants.
Notre conseil
Visitez-la tôt le matin ou en soirée*
Quand la lumière filtre à travers les arcs en tuf et crée une atmosphère magique qu'aucune photographie ne parvient vraiment à capturer. La lumière rasante de l'aube ou celle dorée du soir se mélange aux longues ombres des arcs, transformant les espaces industriels en quelque chose de presque sacré.
* Selon disponibilité.
Prenez la visite guidée : les histoires des tonnaroti racontées par les guides rendent l'expérience complètement différente d'une visite autonome. Nous conseillons à nos hôtes de lui consacrer le premier ou le deuxième jour : après la visite, vous regarderez la mer de Favignana avec un regard neuf.
Sur le site officiel tonnarafloriodifavignana.it est également disponible une visite virtuelle à 360° pour ceux qui souhaitent la découvrir avant d'arriver.
Informations pratiques
Comment visiter
la Tonnara Florio
À 5 minutes à pied du port, adjacent à la plage de la Praia
Tous les jours : 10h00–14h00
Sauf ouvertures exceptionnelles pour des événements
Vérifiez toujours les horaires actualisés avant votre visite
Billet combiné Musée Florio + Palazzo Florio : €12
En vente uniquement sur place
Avec visite guidée : environ 2 heures
Pourquoi ça vaut le coup
La Tonnara Florio changera votre façon de voir Favignana
Beaucoup de touristes viennent à Favignana uniquement pour la mer, et il n'est pas difficile de comprendre pourquoi : les plages sont parmi les plus belles d'Italie. Mais ceux qui visitent la Tonnara Florio découvrent une île complètement différente : un lieu avec une profondeur historique et culturelle qui transforme des vacances à la mer en quelque chose de bien plus significatif.
Après la visite, vous comprendrez pourquoi le thon a ici un goût différent, pourquoi les personnes âgées parlent de la mattanza les yeux brillants, pourquoi les maisons de l'île sont construites en tuf, pourquoi les pêcheurs regardent la mer avec ce mélange de respect et de nostalgie.
Les horaires et les prix peuvent varier d'une année à l'autre. Nous vous conseillons de toujours vérifier les informations actualisées avant votre visite sur tonnarafloriodifavignana.it.
Questions fréquentes
Les questions
les plus fréquentes
Qu'est-ce que la Tonnara Florio de Favignana ?
L'ancien établissement de transformation du thon le plus grand de Méditerranée, lié à la famille Florio. Aujourd'hui c'est un musée d'archéologie industrielle et maritime, le cœur culturel de l'île.
Combien coûte l'entrée de la Tonnara Florio ?
Plein tarif 10 €, réduit (12–18 ans) 5 €, gratuit jusqu'à 12 ans. Le billet combiné Musée Florio + Palazzo Florio coûte 12 €. Les billets sont en vente uniquement sur place.
Quels sont les horaires de visite ?
Toute l'année de 10h00 à 14h00, sauf ouvertures exceptionnelles lors d'événements. Vérifiez toujours les horaires actualisés avant votre visite.
La mattanza est-elle encore pratiquée ?
Non : la dernière mattanza à Favignana a eu lieu dans la première décennie des années 2000. Aujourd'hui, ce rite ancestral revit dans les espaces du musée, dans les films et dans les voix des tonnaroti.
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